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Ce que le geste nous apprend que la réflexion ignore.

Nous vivons dans une société qui valorise fortement la réflexion : penser avant d’agir, analyser avant de décider, comprendre avant de faire. Cette approche a produit des avancées indéniables; mais elle a aussi installé un déséquilibre : celui d’une vie de plus en plus déconnectée de la matière, du corps, du réel.

Déjà au début du siècle précécent, Carl Jung observait que le mental joue un rôle ambivalent, Il éclaire, structure, met en mots, mais il résiste aussi profondément au changement. Face à ce qui bouscule, il justifie, rationalise, temporise.

Le geste, lui, ne négocie pas, il rencontre la matière telle qu’elle est. Il se confronte à des résistances réelles, immédiates, non théoriques.

Travailler avec ses mains, jardiner, réparer, sculpter, cuisiner, dessiner, n’est pas un simple loisir.
Pour Jung, c’est une manière de sortir d’une « existence fantomatique », trop exclusivement intellectuelle, pour renouer avec une présence incarnée.

Le geste enseigne autrement, Il oblige à ralentir, à ajuster, àaccepter l’imperfection. Il ne promet pas un résultat idéal, mais un apprentissage en cours de route.

C’est souvent en faisant que quelque chose se déplace intérieurement, une tension qui se relâche, une idée qui s’éclaire ou un choix qui devient plus lisible.

Là où la réflexion cherche à maîtriser, le geste invite à composer, Il n’explique pas le monde : il s’y engage.

Ce rapport à la matière n’est pas accessoire, Il transforme notre manière d’habiter notre environnement. Quand on touche, répare, façonne, on mesure concrètement la valeur des choses. On n’est plus dans l’abstraction, mais dans la relation.

Jung voyait dans cette reconnexion au geste une condition essentielle de l’équilibre psychique, particulièrement dans la seconde partie de la vie, non pour fuir le monde, mais pour y participer autrement, plus sobrement, plus attentivement.

Ce texte n’est pas une invitation à « faire plus ».
Il ouvre plutôt une question :

Et si le faire, simple et situé, redevenait un chemin de compréhension ?
Un point d’appui pour transformer, sans forcer, ce qui demande à l’être.

La suite poursuivra cette exploration, en allant plus loin dans ce que le geste rend possible :
non seulement comprendre autrement, mais oser agir.