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Quand la volonté ne suffit pas

Quand la volonté ne suffit pas

Pourquoi certains continuent d’agir, même quand tout complique l’action

Si le 18 janvier agit comme un miroir, il révèle aussi autre chose; car si une grande majorité des personnes voient leurs intentions s’essouffler à ce moment-là, certaines continuent pourtant d’avancer, malgré la fatigue, malgré les contraintes, malgré l’absence de conditions idéales.

Ils ne sont pas plus vertueux.
Ils ne sont pas plus courageux.
Ils ne sont pas non plus épargnés par les mêmes mécanismes cognitifs.

Alors, qu’est-ce qui fait la différence ?

Ce que les sciences comportementales montrent

Les recherches sur le passage à l’action sont formelles : la motivation seule n’explique pas la persistance des comportements dans le temps. Ce qui distingue celles et ceux qui maintiennent un engagement, même modeste, tient rarement à la force de leur volonté. Cela tient davantage à la manière dont l’action s’inscrit dans leur quotidien.

On retrouve notamment trois éléments récurrents.

1. Une action concrète, pas idéalisée

Les personnes qui tiennent dans la durée ne cherchent pas à tout changer; elles ajustent, elles agissent là où elles sont, avec ce qu’elles ont, dans les marges possibles. L’action n’est pas vécue comme une rupture spectaculaire, mais comme une continuité.  Elle s’intègre dans une vie déjà existante, au lieu d’entrer en concurrence avec elle.

2. Un cadre qui soutient l’action

Les comportements durables sont presque toujours soutenus par un contexte :

  • un collectif,
  • un cadre professionnel,
  • un environnement matériel,
  • ou un récit dans lequel l’action prend sens.

Lorsque le contexte rend l’action plus facile que l’inaction, celle-ci cesse d’être un effort permanent, elle devient une habitude, parfois même une évidence.

3. Changer de regard sur l’action

Ce que ces recherches et ces trajectoires ordinaires nous apprennent est précieux. Elles montrent que l’action devient possible lorsqu’elle cesse d’être un combat intérieur permanent, lorsque l’on arrête de se juger à l’aune d’idéaux inatteignables, lorsque l’on accepte que le changement ne soit ni total, ni immédiat, ni spectaculaire.

À cet endroit, agir ne consiste pas à “faire plus”, mais souvent à faire autrement : questionner ses habitudes, ralentir certains gestes, consommer moins, mais avec davantage d’attention, refuser ce qui n’est plus nécessaire, sans pour autant se mettre en rupture.

Ce sont des déplacements modestes, parfois invisibles de l’extérieur, mais profondément structurants, ils ne transforment pas tout d’un coup, mais ils modifient déjà la manière d’habiter le quotidien.

Avant les grandes bascules, il y a souvent ces ajustements discrets, des façons plus sobres, plus réfléchies, plus cohérentes de vivre et de choisir, qui rendent l’action supportable, et donc durable.

C’est à partir de là que d’autres chemins deviennent envisageables, non pas des modèles à suivre, mais des espaces où ces questions peuvent se partager, s’expérimenter, se rendre visibles.

Dans le prochain texte, nous nous arrêterons sur ces manières de faire un peu autrement. Pas pour prescrire, mais pour observer comment, concrètement, une vie plus sobre commence souvent… sans faire de bruit.

18 janvier, le jour où quelque chose décroche

18 janvier, le jour où quelque chose décroche

Chaque année, autour de la mi-janvier, une sensation familière apparaît, les élans du début d’année s’essoufflent, les intentions formulées quelques jours plus tôt commencent à patiner; ce n’est pas brutal, plutôt diffus. Quelque chose se relâche, presque à notre insu.

Ce phénomène n’a rien de personnel, ni d’anecdotique. Les recherches sur les résolutions du nouvel An montrent qu’un pic d’abandon se situe systématiquement entre la deuxième et la troisième semaine de janvier, souvent autour du 17–19 janvier.
Certaines analyses parlent même d’un « quitter’s day »,  ou “jour de démission”,  celui ou 80% des gens ont abandonné leurs résolution du nouvel an, non parce que les intentions étaient mauvaises, ou que l’on ait changé d’avis mais parce que le réel reprend sa place.

Ce n’est pas un manque de volonté

Nous avons tendance à interpréter ce moment comme un échec personnel, comme un défaut de constance, de discipline ou de courage.

Pourtant, les sciences comportementales racontent une tout autre histoire.

Notre cerveau est naturellement orienté vers le présent immédiat, ainsi, il privilégie les bénéfices proches, le confort, le repos, la continuité et sous-évalue les bénéfices lointains, même lorsqu’ils sont importants.
Comme notre corps physique, notre cerveau a ses propres limites et ce biais n’est pas un défaut moral : c’est un mécanisme de protection et d’économie d’énergie.

Lorsque la vie quotidienne est déjà dense, chargée, parfois fatigante, toute nouvelle intention, même désirée, même juste, peut être vécue comme un effort supplémentaire. L’enthousiasme des premiers jours se heurte alors aux contraintes ordinaires : le temps qui manque, la charge mentale, les automatismes bien installés.

L’écart entre ce que l’on veut et ce que l’on fait

Les chercheurs en sciences sociales, plus précisément en sciences comportementales, parlent d’un écart intention / action.
Nous pouvons vouloir sincèrement changer, mieux consommer, ralentir, prendre soin de notre environnement, de notre habitat, de notre santé, mais sans parvenir à transformer cette intention en gestes durables.

Cet écart s’élargit particulièrement lorsque :

  • les objectifs sont trop vastes ou trop flous,
  • le contexte ne soutient pas l’action,
  • la fatigue est déjà présente,
  • et que l’on se juge sévèrement dès les premiers écarts.

Dans ces conditions, l’évitement devient une stratégie de protection, soit remettre à plus tard, détourner son attention, laisser tomber provisoirement permet de soulager la tension à court terme. Et tout ceci n’est ni de la paresse, ni de l’indifférence : c’est une réponse humaine à la surcharge.

Le 18 janvier comme miroir

Le 18 janvier n’est donc pas une date d’échec, c’est un miroir.

Il révèle l’écart entre ce que nous souhaitons profondément et ce que nos conditions de vie nous permettent réellement de transformer. Il montre que le désir de changement existe, mais qu’il ne suffit pas, à lui seul, à produire de l’action.

Reconnaître cela change profondément le regard que l’on porte sur soi, cela permet de sortir de la culpabilité pour entrer dans la compréhension.

La comprehension est un levier d’action

Comprendre pourquoi l’action bloque n’est pas une manière de renoncer, mais plutôt le premier pas pour la rendre possible.

Dans les prochains textes, nous explorerons ces mécanismes plus en détail, non pour expliquer l’inaction, mais pour voir comment agir peut redevenir accessible, progressivement, sans se forcer, et sans se perdre en route.

Le 18 janvier ne signe pas la fin des intentions, Il marque peut-être le moment où il devient nécessaire de changer de regard sur ce que signifie vraiment agir.

Alors … on ne lâche rien !

Lorsqu’agir devient un choix

Lorsqu’agir devient un choix

l’engagement commence là où l’on est

L’engagement environnemental est souvent présenté comme une évidence morale ou une urgence absolue, avec, en filigrane, l’idée qu’il faudrait “faire plus”, “faire mieux”, “faire autrement” , et vite.

Pourtant si de nombreux indicateurs rendent ces mots terriblement juste, cette manière de poser le sujet peut décourager et engendrer l’inaction. Elle donne aussi parfois l’impression que l’engagement serait réservé à celles et ceux qui peuvent tout changer : changer de métier, changer de modèle économique, changer de vie.

Et pourtant, l’expérience montre autre chose.

Pour beaucoup de personnes, l’engagement ne commence pas par un grand geste, il commence par un déplacement intérieur, une prise de conscience tranquille, le sentiment que certaines manières de faire ne sont plus tout à fait justes.

Ce déplacement peut surgir à différents moments de la vie, lorsqu’on sort progressivement du rythme de la vie active, lorsqu’on a davantage de temps pour regarder ce que l’on fait vraiment, ou simplement lorsqu’on ressent une fatigue face à des logiques d’accumulation, de vitesse ou de surenchère.

À ce stade, il ne s’agit pas encore de solutions, il s’agit plutôt de questions nouvelles :

– De quoi ai-je réellement besoin pour faire mon travail correctement ?
– Qu’est-ce que je produis, et à quel prix – pour moi, pour les autres, pour l’environnement ?
– Qu’est-ce que je choisis de maintenir, et qu’est-ce que je peux laisser de côté ?

Ces questions ne mènent pas toujours à des ruptures spectaculaires mais conduisent souvent à des ajustements progressifs.

  • refuser certains projets.
  • ralentir volontairement.
  • limiter la croissance.
  • réduire l’empreinte de son activité.
  • faire moins, mais mieux.

Ces choix peuvent sembler modestes mais sont pourtant profondément structurants, ils traduisent un changement de regard, ainsi, l’engagement devient une manière d’habiter ses responsabilités.

Qu’on soit indépendant, salarié, dirigeant, artisan, retraité actif ou bénévole, la question est souvent la même :
comment rester cohérent avec ce que l’on sait, sans se renier ni se mettre en rupture ?

C’est à cet endroit précis que l’engagement pour l’environnement devient possible, non comme une injonction extérieure,
mais comme une continuité logique entre ce que l’on pense, ce que l’on fait et ce que l’on accepte de transformer.

La suite de cette série donnera la parole à des trajectoires différentes, des femmes et des hommes qui ont choisi d’agir autrement, chacun à leur manière. Non pour être exemplaires, mais pour rester fidèles à ce qui leur semble maintenant juste.

Quand le geste ouvre le chemin

Quand le geste ouvre le chemin

Il y a un moment où la compréhension ne libère plus.
Elle éclaire, mais elle n’entraîne pas encore.

l arrive un moment où l’on sent que l’on a suffisamment réfléchi, les questions sont là, es enjeux sont clairs, les incohérences aussi; et pourtant, rien ne bouge encore.

Dans ces moments-là, continuer à analyser peut paradoxalement renforcer l’immobilité, non parce que la pensée serait fausse, mais parce qu’elle atteint ses limites naturelles.

Carl Jung insistait sur ce point :
le changement profond ne se produit pas toujours par la compréhension intellectuelle; il émerge souvent ailleurs, dans l’expérience directe, dans le geste, dans le rapport concret au réel.

Faire quelque chose de simple, quelque chose qui engage le corps autant que l’esprit.

Cela peut être modeste :
jardiner, réparer, cuisiner, fabriquer, écrire à la main, transformer un objet, prendre soin d’un lieu; aucun de ces gestes n’est spectaculaire, mais chacun d’eux crée un déplacement.

En agissant, on rencontre des résistances réelles, la matière ne se plie pas aux seules intentions , elle oblige à ajuster, à ralentir, à composer.

C’est précisément là que quelque chose se transforme, le geste court-circuite les justifications mentales et remet du mouvement là où tout semblait figé.

Cette logique du faire avant de savoir exactement suit la logique de l’action. Elle est même au cœur de nombreuses aventures entrepreneuriales. Bien avant que l’on exige des projections à cinq ans, des plans détaillés et des scénarios verrouillés,
beaucoup d’entrepreneurs ont avancé autrement :
en partant de ce qu’ils avaient sous la main, en testant, en ajustant, en faisant avec le réel plutôt qu’en le surplombant.

Cette approche a été formalisée plus tard sous le nom d’effectuation, notamment par la chercheuse Saras Sarasvathy.
Mais elle existait bien avant d’être nommée. C’était une manière intuitive de faire confiance à l’action comme source d’apprentissage.

Là encore, il ne s’agit pas d’opposer intuition et raison, ni action et réflexion, Il s’agit bien de les réconcilier.

L’entrepreneur n’est pas seulement celui qui anticipe, Il est aussi celui qui sent, qui tente, qui avance avec ce qui est là,
qui accepte de ne pas tout maîtriser avant de commencer.

Se réapproprier cette part active, intuitive, incarnée, ce n’est pas renoncer à penser. C’est retrouver une globalité de ses forces.

Et quelque soit sa place sociale, lorsque l’on retrouve cette capacité d’agir, même modestement, quelque chose se réorganise aussi dans notre rapport au monde; on ne cherche plus à optimiser, à exploiter ou à aller plus vite.
On commence simplement à habiter autrement ce qui nous entoure.

C’est aussi ce qui permet, peu à peu, de passer d’une réflexion intérieure à des choix concrets,
sans brutalité,
sans posture héroïque,
mais avec cohérence.

La suite de cette série s’ouvrira sur ces trajectoires où l’action rejoint l’engagement,
où des femmes et des hommes choisissent de faire autrement,
dans leur vie, dans leur entreprise, dans leur rapport au monde.

C’est là que des parcours comme celui de Raphaël Zaccardi prennent tout leur sens.
Non comme des modèles,
mais comme des points d’appui pour penser — et agir — autrement.

Ce que le geste nous apprend.

Ce que le geste nous apprend.

Ce que le geste nous apprend que la réflexion ignore.

Nous vivons dans une société qui valorise fortement la réflexion : penser avant d’agir, analyser avant de décider, comprendre avant de faire. Cette approche a produit des avancées indéniables; mais elle a aussi installé un déséquilibre : celui d’une vie de plus en plus déconnectée de la matière, du corps, du réel.

Déjà au début du siècle précécent, Carl Jung observait que le mental joue un rôle ambivalent, Il éclaire, structure, met en mots, mais il résiste aussi profondément au changement. Face à ce qui bouscule, il justifie, rationalise, temporise.

Le geste, lui, ne négocie pas, il rencontre la matière telle qu’elle est. Il se confronte à des résistances réelles, immédiates, non théoriques.

Travailler avec ses mains, jardiner, réparer, sculpter, cuisiner, dessiner, n’est pas un simple loisir.
Pour Jung, c’est une manière de sortir d’une « existence fantomatique », trop exclusivement intellectuelle, pour renouer avec une présence incarnée.

Le geste enseigne autrement, Il oblige à ralentir, à ajuster, àaccepter l’imperfection. Il ne promet pas un résultat idéal, mais un apprentissage en cours de route.

C’est souvent en faisant que quelque chose se déplace intérieurement, une tension qui se relâche, une idée qui s’éclaire ou un choix qui devient plus lisible.

Là où la réflexion cherche à maîtriser, le geste invite à composer, Il n’explique pas le monde : il s’y engage.

Ce rapport à la matière n’est pas accessoire, Il transforme notre manière d’habiter notre environnement. Quand on touche, répare, façonne, on mesure concrètement la valeur des choses. On n’est plus dans l’abstraction, mais dans la relation.

Jung voyait dans cette reconnexion au geste une condition essentielle de l’équilibre psychique, particulièrement dans la seconde partie de la vie, non pour fuir le monde, mais pour y participer autrement, plus sobrement, plus attentivement.

Ce texte n’est pas une invitation à « faire plus ».
Il ouvre plutôt une question :

Et si le faire, simple et situé, redevenait un chemin de compréhension ?
Un point d’appui pour transformer, sans forcer, ce qui demande à l’être.

La suite poursuivra cette exploration, en allant plus loin dans ce que le geste rend possible :
non seulement comprendre autrement, mais oser agir.

Comprendre ne suffit pas

Comprendre ne suffit pas

Comprendre ne suffit pas toujours à changer.

Il y a souvent une forme de décalage qui surprend, nous savons, nous comprenons, nous sommes même parfois profondément convaincus de la nécessité du changement. Et pourtant, nos habitudes résistent.

Ce fossé entre ce que nous pensons et ce que nous faisons est souvent vécu comme un échec personnel.
Comme un manque de volonté ou comme une incohérence intime.

Les sciences comportementales proposent un regard différent, et profondément apaisant.
Elles montrent que ce décalage n’est pas un défaut individuel, mais une caractéristique normale du fonctionnement humain.

Le chercheur Nicolas Fiolaine explique que nos comportements sont rarement le résultat de décisions pleinement conscientes et rationnelles. La majorité de nos actions quotidiennes sont guidées par des automatismes : des habitudes, des réflexes, des réponses rapides à un contexte donné.

Notre cerveau privilégie ce qui demande le moins d’effort, le plus de continuité, le plus de confort immédiat; non par paresse morale, mais par économie d’énergie.

C’est pourquoi comprendre ne suffit pas toujours à changer et la réflexion, aussi juste soit-elle, se heurte à des mécanismes puissants qui maintiennent l’existant.

Les sciences comportementales décrivent deux modes de fonctionnement complémentaires.
– Un premier, rapide, intuitif, automatique, qui pilote l’essentiel de nos décisions courantes.
– Un second, plus lent, plus exigeant, qui permet l’analyse, la mise à distance, la délibération.

Ce second mode ne s’active pas spontanément, il demande du temps, de l’attention, et souvent un ralentissement réel.

Mais, pendant une grande partie de la vie active, ce temps fait défaut; les journées sont pleines, les décisions s’enchaînent, les rythmes s’imposent. Même lorsque l’on souhaite changer, l’espace mental nécessaire n’est pas disponible.

Or, dans la troisième partie de la vie, quelque chose de nouveau apparaît:
Le temps commence à se dégager.
Le rythme se desserre.
L’urgence recule.

Ce temps retrouvé n’est pas un vide à remplir, Il devient une ressource cognitive précieuse. Il permet à la réflexion de s’installer autrement, non comme une injonction, mais comme une présence.

Comprendre cela transforme profondément le regard que l’on porte sur soi et changer ne relève plus d’une performance individuelle, mais des conditions dans lesquelles le changement peut émerger.

Les sciences comportementales invitent alors à déplacer la question.
Non pas : « pourquoi n’y arrive-je pas ? »
Mais : « de quoi ai-je besoin pour que le changement devienne possible ? »

Cette question ouvre un chemin plus doux, plus réaliste, plus respectueux du vivant — en soi comme autour de soi.

La suite de cette série explorera une réponse simple et profondément humaine :
le faire, le geste, la matière.
Non comme une solution miracle, mais comme une voie naturelle pour sortir des automatismes et entrer, pas à pas, dans l’action.